La Métamorphose infinie
Composé du préfixe méta "après, au delà de, avec" et de morphé "la forme", la "Métamorphose" définit le changement d'une forme en une autre. Si on regarde, on ne voit rien. Si on se met aux écoutes, on n'entend rien; le suit-on ? On ne l'atteint pas. Aussi nomme-t-on cet état la "Métamorphose", parce que, changeant, il ne peut être saisi sous aucune forme. Il contient une sorte d'essence profonde et obscure, insaisissable et fuyante.
Mais comment représenter ce qui est sans cesse en mouvement ?
Un Mystère donc, qui parle sans détour, immortel et pourtant qui meurt chaque jour. C'est ici que nous devons trouver l'essence si on la cherche. Prendre la nature comme modèle, c'est à dire travailler parallèlement à la métamorphose même du monde naturel, croître ensemble, dialoguer, imiter la vie dans ses phases ininterrompues de germination, d'épanouissement, de maturité et de décadence ou, en d'autres termes, les métamorphoses infinies qui se produisent dans l'univers. Tout cela même qui fait que je suis, que j'existe.
Le texte sur lequel j'ai choisi de travailler, traduit cette expérience contemplative de représentation la plus vague de ce qui est insaisissable par nature. C'est dans son texte intitulé "La pratique de la joie devant la mort", que Georges Bataille nous fait part de son expérience intérieure. Il choisit de nous faire éprouver ce mouvement qui s'ouvre sur l'infini, en fixant un point, lieu de toute existence, unité contenant toutes formes, éternité divine (en dehors du temps) entre vie et mort, dans un présent sans cesse renouvelé.
C'est donc avec un travail au point que j'ai choisi d'exprimer la métamorphose. Un long processus, point par point, une lente croissance, vers d'abord, la forme fixe, issu d'un travail d'observation, d'imitation de la matière organique. Des formes rappelant les formes de vie sous marine et microscopique.
Puis, ce mouvement de vie est accompagné de la mort. La mort d'une forme et le commencement d'une autre. Ce qui semblait fixé, est maintenant dissout dans un mouvement plus vaste, plus étrange.
Jusqu'à cet inconnu obscur que je deviens, et qui est le "Mystère".
Le cycle
Je fus créé sous les auspices de Saturne et Vénus. Achevé, je vis s’élancer de mon centre douze rayons soutenant le cercle parfait de ma forme. Phare, freins et fourche, l’assemblé de nos éléments véloces composa un éternel transport. Je transformais mes chaînes pour vaincre l’inertie. Intimement lié à ma tendre compagne qui m’ouvrait la chambre de son atmosphère, je nous élançais contre toute pesanteur. Quelle émotion menait notre passagère ? Ses longues promenades, telles des rêveries exploraient sans cesse de nouveaux paysages.
Le destin frappa comme un voleur, nous subtilisant à l’inspiration légitime de notre déesse. Nous fûmes soustraits, obscurcis, séparés, puis recomposés dans une parodie du modèle original. Je fus installé à l’envers, la marche du monde s’inversa comme dans un éternel retour. Dirigés par un nouveau tyran nous traversâmes d’infernales poursuites. Usé sans ménagement, j’exhalais régulièrement une plainte voilée par la nostalgie. Je soutins cette épreuve jusqu’à la plus pénible des ascensions. Au sommet, je rompis ma chaîne et nous figeais le temps d’une collision.
Je m’élançais, roue libre dévalant à l’envie la montagne. Ivre de mon nouvel ovale, je balançais sur un rythme ovoïde. Ce singulier gite m’entraina dans une course effrénée où sol et soleil se confondirent. Je filais au fond de la vallée, j’en brulais la pente jusqu’à m’écrouler contre terre, imprégné de rondes enflammées. Je vis les cieux courir autour de l’astre solaire et l’espace d’un instant je fus le moyeu d’un cosmos concentrique. Vinrent l’immobilité, la succession des jours et des saisons. Je n’étais plus qu’un reflet oublié dans l’herbe drue.
Je rencontrai le seul qui sût me voir, l’enfant sauvage. Il me porta au-delà des forets, à travers le fleuve jusqu’à son atelier. Le premier coup de marteau éveilla mes formes sinueuses à es sons inouïs. Au second, le chant s’enroula le long de mes tubulures. Le dernier heurt fit raisonner en mon entier la musique des choses. Je naquis alors à la Panharmonie.






